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Régulièrement, j'ai envie d'écrire un article. J'ai des idées qui me viennent, je crée un nouvel article et je jette ça dedans. Mais je ne les finis pas, je ne publie pas.

 

Je crois que les déferlements de merde, ça me fatigue. Je n'ai pas envie de me cacher, je n'ai pas envie d'avoir honte de ce qui m'est arrivé, mais les agressions commencent à devenir lourdes. Partout, en permanence, la culture du viol légitime mon ex dans ce qu'il m'a fait. Chaque jour, quelqu'un s'illustre par son incompréhension totale de la violence conjugale et n'imagine pas à quel point il peut détruire les victimes. Quelques tweets, quelques articles, de ci, de là... Rien de bien méchant en apparence, mais tout ça accumulé...

 

Je continue d'avoir très mal à cause de l'attitude de personnes qui étaient, elles, censées comprendre, ou au moins accepter que des situations de violences conjugales comme la mienne pouvaient exister. Mais non, ces personnes n'ont pas compris. Quoiqu'il en soit, au moins une de ces personnes, avec qui j'ai discuté depuis, auprès de qui j'ai eu le sentiment de devoir me justifier mais qui, au moins, a fait le pas de venir vers moi pour tenter de comprendre, cette personne, je tiens toujours à elle. Je regarde, de loin, et j'espère qu'elle est heureuse. J'espère n'avoir pas complètement disparu dans son esprit, mais mon espoir est mince. Et au fond, qu'est-ce que ça change...

 

Un petit rien peut faire basculer une victime vers l'envie de mourir.

Cette envie, je l'ai eue, d'innombrables fois. Mais je ne suis pas passée à l'acte. Parce que mon ex, dans son immense bonté, m'en a empêchée. Mais ne croyez pas que c'était parce qu'il avait peur qu'il m'arrive quelque chose, ce n'est pas ça. Après avoir encaissé des paroles affreuses dont je ne me souviens pas le contenu exact mais dont je garde, en gros, que je suis une personne nuisible, égoïste, insupportable, incapable de quoi que ce soit, et j'en passe, je me suis précipitée dans sa chambre pour avaler une boite de cachets. Je voulais mourir. Pour de bon. Mais il m'a suivi, il m'a attrapée, m'a bloquée en me disant "On n'est pas dans un film", et m'en a empêchée. Ça n'avait rien de bienveillant. C'était dans sa longue lignée de "Tu t'écoutes parler" quand j'argumentais une idée. Argumenter, ce qu'il ne fallait surtout pas faire. Sa dernière recommandation fut "Quand je te dis que tu fais un truc de travers, même si tu ne comprends pas, tu peux au moins te dire que j'te dis pas des conneries et t'excuser". Oui, pas la peine d'essayer de réfléchir, je raisonne pour deux, et quand je te dis que ce que tu fais c'est mal, excuse-toi directement. Je n'avais pas besoin de comprendre ce que j'avais fait de mal. Il me disait que c'était mal, c'était tout ce qui comptait. Donc je devais demander pardon. Le problème, ce n'est pas que je ne comprenais pas ce qu'il me reprochait. Le problème, c'était que je trouvais tout ça très injuste et que j'essayais, du mieux que je pouvais, de lui faire comprendre mon point de vue sans trop le brusquer pour ne pas risquer des "t'es en fight" ou "barre-toi" qui annonçaient des catastrophes. Mais enfin, la plupart du temps, je ne pouvais pas ouvrir ma bouche car les catastrophes arrivaient très vite. Un exemple : il voulait absolument que je perde du poids. J'avais du gras sur les fesses et les cuisses, et j'étais devenue indésirable. Je le dégoutais, en fait, à tel point qu'il n'arrivait même plus à bander. Je voyais bien qu'il essayait d'oublier que le bas de mon corps existait, et je me sentais dégoutante. Pour pallier à ça, il avait mis en place deux parades. L'une consistait à me cracher sur le visage pendant le coït parce que ça me rendait "sexy", soi-disant. Je déteste la salive et les sécrétions en général, mais j'étais amenée à supporter ça pour que monsieur puisse arriver à quelque chose dans un corps aussi dégoutant que le mien. Deuxième parade, c'était de me mettre au régime. Il contrôlait ce que je mangeais. Quand je mangeais seule, il fallait que je lui fasse un compte-rendu de ce que j'avais avalé. Quand on était ensemble, il me faisait à manger et pouvait donc contrôler tout ça parfaitement. Pour me convaincre, il me disait que moi aussi je préfèrerais être plus mince, que c'était d'ailleurs moi qui l'avait dit (ouais, je l'avais sans doute dit, quand j'avais 16 ans, 17 ans, pas sûre de moi et que j'avais déjà une grosse faille narcissique dans laquelle il pouvait s'engouffrer tranquillement, comme beaucoup d'ados), et que si je pouvais claquer des doigts, je deviendrais plus mince. Ouais, en claquant des doigts, pourquoi pas. Puis cette pression qu'il me collait m'amenait forcément à souhaiter être plus mince. Mais pas au prix de ces sacrifices-là. Ne quasiment rien manger à en faire des malaises, à avoir faim en permanence, à être surveillée... Je devais aussi faire du sport. Chaque jour, demi-heure de sport. Je déteste le sport. Dans les derniers temps, il avait trouvé le moyen parfait de contrôler que je faisais bien mon sport : une application iPhone qui mesure le rythme cardiaque grâce à la lumière au dos du téléphone. Il fallait que je l'utilise après chaque séance pour qu'il puisse constater que j'avais effectivement bougé mon gras. Il la vérifiait à chaque fois qu'on se voyait, et s'il constatait que je ne l'avais pas utilisée, il me le reprochait et me disait de l'utiliser la fois d'après. Autant vous dire que j'ai vite trouvé moi-même une parade qui consistait à sauter sur place intensivement pendant 1mn, à prendre mon pouls, et hop dans la boite et au dodo poulette. Parce que ouais, dans les derniers temps, j'avais moins de mal à mentir pour me sortir de situations pourries... Et je ne m'en veux même pas. Ma psy m'incitait même à faire ça pour regagner un peu de liberté, liberté dont j'avais besoin pour me rendre compte de la pression qui pesait sur moi. Il me surveillait, me dirigeait, j'en venais à lui demander l'autorisation de manger tel ou tel aliment (qu'il me refusait ou m'autorisait, selon son humeur et surtout selon ce que j'avais déjà ingurgité dans la journée - et quand il m'autorisait, il prenait bien soin de me traiter de goinfre, fusse pour un pauvre bout de pomme de terre supplémentaire). Lorsque sa famille nous a organisé une fête d'anniversaire commune, je lui ai demandé l'autorisation de me resservir d'un plat. Il s'est énervé en me disant que c'était moi qui faisait mon régime, que je savais ce que je pouvais manger ou pas, et que je devais assumer ensuite et qu'il fallait que j'arrête de lui demander l'autorisation tout le temps. Ah, ça ! Il voyait quasi au gramme près que j'avais pris du poids, et je devais souvent "assumer", en effet. Me faire traiter de légume, par exemple. Ou de baleine. Mais bref, lorsqu'il m'a dit ça, ça a fait tilt dans ma tête : je ne savais plus où j'en étais. C'était mon régime ? Mais, pourquoi il contrôlait tout alors ? Et pourquoi ça me faisait chier ? Si c'est mon régime, je veux l'arrêter. Plus tard après la fête, je lui en ai parlé. Il est entré dans une colère noire. Si j'arrêtais ce régime, j'étais un légume, quelqu'un qui ne veut faire aucun effort. Ouais mais si, mon corps, je veux faire avec ? Si c'est vraiment MON régime ? Oui, mais non, parce que ce n'est pas joli d'avoir un gros cul et des grosses cuisses comme ça, et puis tu veux maigrir. Mais je veux plus maigrir, j'en ai marre, on fait comment ?

Ben tu continues et tu fermes ta gueule. Tu fermes ta gueule parce que quand tu as une personne en colère devant toi avec une logique que t'arrives même pas à piger (et avec le recul, y'avait juste rien à piger), et que t'as juste peur que ça finisse en "Casse-toi" ou pire, tu fermes ta gueule.

Pour la petite histoire, cette fête s'est terminée en "Casse-toi". J'avais déjà commencé à l'agacer pendant le repas avec mes demandes d'autorisation - ben oui, y avait sa famille autour, et ça pouvait éveiller les soupçons - mais je l'ai achevé quand, lorsqu'il m'a servi une moitié de petite part de gâteau (que j'avais été invitée gracieusement à choisir au magasin quelques heures auparavant et j'avais déjà répondu "Mais à quoi ça sert que je le choisisse puisque je vais pas pouvoir en manger ?" ce à quoi il m'avait peu ou prou répondu que sa mère était déjà sympa de me prévoir un gâteau donc maintenant je devais choisir et arrêter de faire chier parce que j'étais jamais contente, toujours à râler, ingrate). Il m'a servi cette moitié de petite part de gâteau en oubliant la moitié du dessous de la micro-part dans le plat. Je lui ai fait remarquer. Il a arrêté de s'intéresser à sa part de gâteau, a commencé à tirer une tronche de trois kilomètres, a remis sa part dans le plat et est parti de table. Je l'ai rejoint dans sa chambre, et on a eu une explication à base de "tu es jamais contente" et autres marques voulant prouver mon ingratitude, quand même, que je suis vilaine, et puis je lui gâche son plaisir. J'ai aussi eu droit à "Ma famille elle a pas remarqué que j'avais posé mon gâteau mais toi t'es impolie, ils vont pas comprendre pourquoi tu l'as pas mangé ta part alors casse-toi, retournes-y" et quand j'ai fini par bien vouloir y retourner (parce qu'il fallait que ce soit lui qui décide quand et comment on discute, mais je résistais du mieux que possible - ce qui m'a valu quelques horreurs) il m'a dit que maintenant c'était plus la peine, j'étais impolie et c'est tout, qu'ils allaient pas comprendre. Bref, de toute façon à aucun moment jamais ils n'allaient comprendre. Tout comme ils n'allaient de toute façon pas comprendre pourquoi, d'un coup d'un seul, leur fils/frère/beau-frère/oncle se mettait à faire la gueule et se barrait comme un malpropre. Mais bon, fallait que je culpabilise, fallait que ce soit moi qui provoque tout ça. Fallait surtout le plaindre, le pauvre chou. Il a voulu me foutre dehors, ce soir-là. Barre-toi. Mais j'ai tellement supplié, me suis excusée, qu'il m'a laissé rester. Dans sa grande bonté, encore une fois. Et j'étais humiliée, encore une fois. Et je suis restée, encore une fois. Et je me demande comment j'ai fait, encore une fois.

 

J'ai aujourd'hui un rapport très compliqué avec mon poids. Depuis la séparation, j'ai pris 10Kg. Parce que je n'ai plus à me priver.

D'un côté, j'ai effectivement envie de claquer des doigts et d'avoir un poids plus bas pour pouvoir mettre des vêtements qui me plaisent plus facilement. Mais d'un autre côté, le bonheur de n'être pas contrôlée et d'être aimée pour ce que je suis et au-delà de la forme de mon cul et de mes cuisses, c'est trop bon. Alors mes kilos, ils sont là, j'ai tendance à les bichonner. J'ai acheté des vêtements plus grands, qui correspondent à ma taille actuelle, et j'ai laissé au placard mes anciens vêtements. J'ai croisé des gens qui m'ont dit qu'à présent, je fais plus adulte, moins gamine qu'avant, et que ça se voit que je suis plus heureuse, avec moins de pression. Ce sont des gens à qui je n'ai jamais parlé de ce que j'ai vécu. Ils ne savaient rien, je n'avais pas le droit de parler. Ils ont deviné. Ils avaient tous deviné, en fait. Et aujourd'hui, ils parlent, tout comme je vous parle maintenant.

Tout ça pour vous dire que, dans ma tête, c'est le bordel comme ça en permanence. Et un petit rien, la fatigue, la dépression, les agressions, tout ça me donne des envies de mourir parfois, de disparaître. Si vous êtes arrivés au bout de l'article, vous l'avez sans doute trouvé lourd. C'est lourd pour moi, en permanence.

Et vous savez le pire ? C'est qu'apparemment j'ai encore été trop forte : si j'avais réussi ma tentative de suicide, je serai reconnue comme ayant vraiment besoin d'un suivi pour ma dépression. Je ne le suis pas aujourd'hui car je me suis encore trop accrochée à la vie, et que ma tentative a été avortée. Pas de séjour à l'hôpital, donc pas à risques, donc tout va bien. Sauf que ça ne marche pas comme ça. J'ai beau m'accrocher, parfois je perds pied, et des petits riens me ramènent à… Tout ça. Tout ce bordel, dans ma tête. Et vous n'imaginez pas comme c'est lourd à porter.

 

Tag(s) : #Réflexions quotidiennes