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J'en arrive à un point où il m'est difficile de garder ces choses-là pour moi. J'ai beau faire une psychothérapie, je souffre de ce silence que je dois m'infliger au quotidien. Car oui, être une victime, c'est se taire. Ça gêne, les gens ne veulent pas entendre, ne veulent pas comprendre... "Tu exagères", "Tu DOIS t'en sortir, il faut que tu fasses un effort" "Mais enfin, tu es plus forte que ça !". Non. Je n'exagère pas, et celui qui me dit ça mérite de se mettre dans les mêmes chaussures que moi ne serait-ce qu'un temps pour comprendre que non, je n'exagère rien. Et croyez-moi, ce que je dis là est cruel. Ne pas réussir à se sortir d'une dépression suite à certains évènements et s'enfoncer un peu plus chaque jour, ça n'a rien de réjouissant, et ça n'est pas en claquant des doigts que je vais aller mieux. Je n'ai pas la clé. Je la cherche. Oui, je dois m'en sortir. Je dois. Mais chacun vit ses difficultés à sa manière, et ceux qui veulent me vendre leur mode de vie ou leurs merveilleuses méthodes peuvent se les garder. Je suis moi, malheureusement. Non, je ne suis pas plus forte que ça, et oui, ça peut arriver à des gens "comme moi". Ce n'est pas parce que j'ai fait des études que je suis immunisée contre la manipulation, ni contre le contrecoup que je dois me trainer maintenant. Le niveau "intellectuel", "social" ou que sais-je n'a jamais évité ce genre de choses à quelqu'un. Et encore, raisonner comme ça me donne envie de gerber tant je n'ai aucune envie de me considérer comme étant "le haut du panier". Je ne suis pas ça, je suis moi, c'est déjà trop, et un diplôme n'a jamais fait la force ni la valeur d'une personne. Je tiens à préciser que ce dernier point a été soulevé par des proches car je n'aurai jamais la prétention de me considérer comme "quelqu'un" parce que j'ai un bout de papier qui stipule que j'ai passé des années le cul vissé sur une chaise à écouter des gens baragouiner des trucs et des machins. Ça s'appelle "avoir confiance en soi", il paraît.

 

Je vous demande pardon d'avance pour ce que ce blog sera décousu. J'ai décidé d'exprimer mes angoisses, mes doutes, ce que je traverse, comment je le traverse, et tout ça au gré de mes envies. Et ça peut être trash.

 

Bref, les gens ne comprennent pas. Et j'en parle très peu parce qu'ils ne comprendraient pas.

Il semble que je sois tombée sur un pervers narcissique. Il se trouve que le "diagnostique" n'a pas été posé de manière strictement médicale, mais suite à mon suivi psy de 6 mois. Alors que j'avais déjà lu le tableau clinique des pervers narcissique, j'avais pu déceler quelques soucis autour de moi, mais les signes qui désignaient mon ex, je les ai vus mais je les ai soigneusement rejetés un à un, toute bien dressée que j'étais à ne pas remettre en question le Maître et à essayer de ne pas voir que ma situation était pourrie après avoir autant investi dans cette relation. Bref, après la séparation viennent les prises de conscience, et en lisant le tableau clinique du pervers narcissique à nouveau, je me suis dis "c'est ça". J'ai posé la question à ma psy, qui a confirmé que d'après ce que je lui avais décrit pendant tout ce temps, il semblait qu'il s'agisse de ça. Youpee...

8 ans, ça a duré. 8 ans pendant lesquels la pression était affreuse, où les injonctions étaient permanentes, et où j'essayais de convaincre tout le monde que oui oui, ça va, dans la mesure où je n'avais pas le droit de parler de nos problèmes de couple à des gens extérieurs. Sinon, il me quittait. D'ailleurs, il a appris plusieurs fois que j'avais effectivement parlé à des gens. N'aimant pas mentir à la personne avec qui je suis et la peur qu'il le découvre étant trop forte, à sa question "et t'en a parlé à quelqu'un ?" je me suis dénoncée. "Ame, qu'est-ce qu'on avait dit..." Oui, il ne faut pas parler à l'extérieur, mais c'est dur. "Mais ce qui est entre nous ça reste entre nous" Oui, je sais... "Tu sais bien, unetelle me déteste maintenant que t'as raconté des trucs à notre sujet qui étaient complètement faux puisqu'on en a parlé depuis et tu sais bien que c'est toi qui a tort, qui prend tout de travers, qui n'a aucune mémoire et qui déforme tout" Oui, je sais. Désolée... Quand il épluchait mes SMS, conversations MSN, conversations facebook, conversations twitter, et qu'il découvrait que j'avais parlé, j'avais droit à un savon où, soit il me rappelait qu'il fallait qu'il puisse me faire confiance et qu'il fallait je tienne mes promesses de silence, soit il me quittait parce que j'étais pas fiable.

Je ne sais pas expliquer exactement comment on en arrive à accepter. On accepte. Je pense que j'étais déjà formatée à obéir au doigt et à l’œil à mes parents, et les idées que "la femme doit obéissance à son mari" et que "l'homme a des besoins sexuels irrépressibles" avaient été fichues dans ma tête depuis longtemps. En tout cas, j'ai accepté. J'ai accepté de ne plus parler de nos problèmes de couple à l'extérieur (quasiment plus, j'ai fauté quelques fois), j'ai accepté de faire des régimes à tour de bras parce que j'étais grasse et qu'il en est arrivé à ne plus pouvoir bander tellement mes hanches, mes cuisses et mes fesses étaient laides, j'ai accepté plusieurs fois après des heures et des heures de discussion où je finissais par être fatiguée, avoir froid, avoir faim... de faire des efforts, d'aller "dans le bon sens" pour qu'il puisse me sodomiser. Il fallait que je me "lâche", le rejet que j'avais de ça c'était "dans ma tête", il fallait que j'arrête de me cacher que "[j']aime ça". C'est ma faute aussi, quelle idée d'avoir eu quelques fois où, en effet, j'ai réussi à me détendre et où j'ai réussi à apprécier. Oui, sauf que non, en fait. J'avais pas envie de faire ça, parce que la douleur que ça m'infligeait régulièrement pendant l'acte ne valait pas le reste. Mais il fallait que j'accepte, au moins de temps en temps, si je ne voulais pas qu'il me quitte. J'allais pas "dans le bon sens" voyez... Il m'appelait souvent "ma p'tite soumise". Ça dit tout. Et j'aimais pas ce surnom. J'aimais pas ça, parce que ouais, j'étais soumise, mais plus ça allait, plus il me soumettait. Et plus ça allait, plus il était exigeant avec moi.

Certain(e)s me considèrent comme faible parce que j'étais soumise. Je suis sûrement faible, oui. On peut même me taper dessus encore plus aujourd'hui, car je me suis rendue compte qu'à plusieurs reprises, j'ai été violée, et ça me rend encore plus faible et vulnérable. Et vous voulez savoir le pire ? C'est que c'est même pas le pire. Il a forcé la pénétration vaginale et anale plusieurs fois, mais c'est une chose parmi tant d'autres. Non, le pire, et ce que je ne dis jamais d'habitude, c'est qu'il me pissait et me crachait dessus. De ça, je me sens sale. Si j'ai envie de mourir de temps en temps aujourd'hui, c'est non seulement parce qu'il m'a utilisée comme une poupée (tiens, encore un de mes surnoms), mais qu'il n'a jamais tenu compte du dégoût que j'avais des douches dorées et de la salive qui coulait sur mon visage. Ça l'amusait beaucoup de me voir en panique quand, dans la douche, il commençait à me pointer avec son sexe en faisant mine de me pisser dessus. Je crois qu'il n'y a pas eu une seule fois où, après ça, je n'ai pas pleuré. Quand je ne pouvais rien y faire car même la panique ne l'a pas empêché de me l'infliger, je lui demandais d'au moins me laver lui-même. Ça, il a accepté. Ça m'a toujours étonnée, d'ailleurs. Sauf une fois où, pareil, il m'a fait le coup de "la blague". Sauf que j'avais senti couler quelque chose de chaud le long de ma jambe, mais il m'a maintenu que non, il ne l'avait pas fait. Pour m'avouer 10 minutes plus tard qu'en fait, si. Cette fois-là, il n'y a pas eu "réparation". Pour ce qui est de me cracher dessus, je n'étais pas assez sexy, comprenez... Du coup, pendant l'acte sexuel, me cracher sur le visage me rendait sexy à ses yeux. C'était souvent le seul moyen pour que monsieur puisse jouir. Il a même été jusqu'à me cracher dans la bouche. J'ai accepté une fois "volontairement" , pour voir, mais ça m'a donné envie de gerber. Par la suite, il s'est permis de le refaire sans me demander mon avis. Me cracher sur le visage faisait l'objet de négociations où, de temps en temps (mais assez rarement) j'arrivais à obtenir gain de cause, mais il se permettait régulièrement de ne pas me demander mon avis. Ces deux choses, ce sont les pires que j'ai eu à vivre, je crois. Même les violences physiques ne m'ont pas autant salie. J'ai cru que j'allais mourir à plusieurs reprises, mais ça ne m'a pas autant sali que ça.

 

Alors oui, les gens ne comprendraient pas. Pourquoi je suis restée pendant 8 ans ? Et pourquoi je devrais me justifier, déjà ? Mais pas le choix, on est dans un monde où tu te justifies sinon tu es foutu... Je pense que je suis restée pendant 8 ans à subir des tas et des tas de choses dégoutantes, humiliantes, stressantes, parce que cette relation a commencé alors que je n'avais pas encore 16 ans. J'étais déjà mal dans ma peau, en construction difficile, et paf il m'a cueillie dans un moment où j'étais la plus malléable possible. En plus de ça, ma famille ne l'aimait pas. Auparavant, ils m'avaient empêchée d'avoir des relations à distance avec d'autres garçons, je leur en ai voulu, et cette relation-là je l'ai surprotégée. Par rébellion, donc, j'ai investi énormément d'énergie dans cette relation pour ne pas avoir tort. Au début, en tout cas, car de toute façon, il arrive un moment où on n'a plus les commandes du bateau. J'étais devenue dépendante de lui. J'étais grosse et moche d'en bas, déjà, donc j'allais jamais trouver quelqu'un d'autre pour m'aimer. En plus, j'étais tordue dans ma tête, une insupportable fille qui ne comprenait rien et qui n'avait aucune mémoire. Pendant les disputes, il me disait que je n'avais aucune mémoire, donc ce dont je me rappelais était faux, ou alors je faisais preuve d'une mauvaise foi de compétition. Puisque je faisais preuve de mauvaise foi, il fallait que je retire ce que j'avais dis sinon il me quittait, ou alors il fallait que j'aille me faire soigner si vraiment c'était ma mémoire qui déconnait. Ce que j'ai fini par faire, d'ailleurs : aller me faire soigner... Pour m'entendre dire que non, les reproches qu'il me faisait n'avaient rien de logique comme je le soutenais, que je m'exprimais tout à fait correctement, que ma mémoire avait l'air d'aller bien d'une séance à l'autre, etc. Un suivi psy qui a démêlé petit à petit les liens qui m'enserraient et qui m'ont fait me questionner sur cette relation, sur ce qu'il restait des sentiments que j'avais pu avoir pour lui... Et peut-être étaient-ils en fait partis depuis longtemps et que je m'acharnais pour n'avoir pas fait tout ça pour rien.

Donc oui, je suis faible, et j'en suis bien désolée. Je suis féministe, mais visiblement pas assez émancipée puisque ça m'a valu des critiques et des larmes. Sauf que le féminisme m'a beaucoup aidé. En plus de mon suivi, devenir féministe, me dire que non, la femme n'a pas à être une victime permanente, que non, elle n'a pas à être sous la coupe d'un homme, ça m'a permis de tenir tête de plus en plus. C'est aussi ça qui a précipité ce couple vers sa fin. Plus je tenais tête, plus il était exigeant, plus je me rendais compte que non, décidément ça n'était pas ça que je voulais dans ma vie, plus je tenais tête, etc. Et j'ai été libérée. J'ai été libérée car dans ses processus pour me garder à sa botte, il me quittait régulièrement quand il considérait que j'avais été trop mauvaise pour x ou y raison, puis il attendait que je le supplie de me pardonner. Sauf que là, j'ai supplié que dalle. Il avait été trop loin dans la violence verbale et dans l'injustice. Là, j'ai fui. Il a ouvert la brèche qui habituellement servait à resserrer l'étau, et je me suis engouffrée dedans. Sauf que, pas de happy end : oui, j'ai rencontré une personne merveilleuse avec qui je m'entends très bien et que je ne veux perdre pour rien au monde, j'ai de meilleures relations avec ma famille, j'habite avec mon amoureux-se, nos deux chats et notre chien. J'ai tout pour être heureuse. Tout. Sauf que je suis cassée de l'intérieur. Je ne supporte plus la dévalorisation, ce qui m'amène aujourd'hui à n'être plus capable de me pointer au travail sous peine de crise d'angoisse, la pression et la dévalorisation ayant été trop fortes. J'ai pu constater aussi, au cours de la visite d'un parent, que je n'étais toujours pas capable de tenir tête à quelqu'un qui se pare d'une autorité. Et en plus, ça commence à peser dans mon couple présent puisque le fantôme de mon ex est là, en permanence, à me rappeler que dans telle situation il aurait réagit de telle manière. Je l'exprime à haute voix, parfois corporellement avec des mouvements de recul qui n'ont rien à faire là, et ça devient lourd à porter pour mon amoureux-se. Et mon corps est malade, physiquement malade. C'est comme s'il était en train d'essayer de s'auto-détruire. C'est peut-être pas seulement une impression, d'ailleurs, mais tant que je ne vais pas mieux psychologiquement, je crois qu'il ne faut pas attendre grand chose corporellement.

Bref, oui, on peut encore me marcher sur la gueule aujourd'hui, même après autant de prises de conscience. Et ça n'est pas du jour au lendemain que mon caractère, qui a été anéanti pendant des années, va miraculeusement s'exprimer.

 

Alors non, pendant de grandes tablées, je ne vous tiendrai pas une longue conversation.

Non, vous n'arriverez sans doute pas dès les premiers temps à me "cerner", je me cacherai de vous jusqu'à ce que je sois sûre que vous ne me fassiez pas de mal.

Et non, je ne suis pas une coconne pour autant. Mon monde rose à paillettes, je me le suis construit pour pouvoir avoir un espace de beauté, au moins un petit, au milieu de toute cette merde. Et je ne permettrai à personne de me le voler.

 

Bref, tout ça pour dire que j'espère qu'avec ce que je vais vous écrire, je vais mieux me faire comprendre, d'une part, mais j'aimerais également que ce blog serve à détruire cette idée qu'ont les gens que les victimes de manipulation sont des quiches d'accepter des choses pareilles et qu'elles n'ont qu'à se barrer. C'est BEAUCOUP plus compliqué que ça.

Tag(s) : #Réflexions quotidiennes